Création images
Hotel Attraction
Le fantôme d’un New York alternatif
En 1908, Antoni Gaudí imagine pour New York un édifice vertigineux de 360 mètres de haut. Baptisé Hotel Attraction, ce projet monumental devait réunir un hôtel, un théâtre, des restaurants, des galeries et, à son sommet, un espace d’observation dominant Manhattan.
L’édifice ne fut jamais construit. Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques dessins, des descriptions et des récits publiés plusieurs décennies après sa conception. Pourtant, cette architecture semble appartenir à une réalité parallèle : celle d’un New York où les courbes, les couleurs et les formes organiques de Gaudí auraient trouvé leur place parmi les gratte-ciel de verre et d’acier.
À l’occasion du centenaire de la disparition de l’architecte catalan, j’ai voulu redonner une présence à ce rêve inachevé.
Prolonger le rêve de Gaudí
Mon intention n’était pas de reconstruire précisément les dessins de Gaudí, ni de prétendre montrer ce que l’Hotel Attraction aurait réellement été. J’ai préféré prolonger son rêve.
À partir des documents disponibles, des descriptions historiques et du vocabulaire architectural de Gaudí, j’ai imaginé une interprétation libre de cette tour monumentale : une architecture qui semble avoir grandi naturellement dans le paysage new-yorkais.
La tour centrale, couronnée d’une étoile, s’élève au milieu de volumes plus bas. La pierre, le verre, le métal, la couleur et les mosaïques composent un ensemble presque minéral, à mi-chemin entre une montagne, une cathédrale et un organisme vivant.
Il ne s’agit donc pas d’une restitution historique au sens strict, mais d’une fiction visuelle documentée : l’évocation crédible d’un bâtiment que le monde aurait presque pu connaître.
Photographier un bâtiment qui n’a jamais existé
Pendant plus de trente ans, j’ai photographié des architectures réelles. Ce projet m’a donné l’occasion de photographier, d’une certaine manière, une architecture qui n’a jamais existé.
J’ai cherché les points de vue, les lumières, les matières et les détails comme je l’aurais fait face à un véritable monument. Certaines images présentent la tour dans son environnement urbain, d’autres s’approchent de ses façades, de son entrée ou de ses volumes pour lui donner une échelle et une présence presque physiques.
L’intelligence artificielle intervient ici comme un outil de création et d’exploration visuelle. Elle ne remplace ni la recherche, ni le regard, ni la composition.
Le travail a commencé par la collecte de dessins, de textes et de descriptions historiques, réécrits sous la forme d’un brief visuel personnel. Des dizaines d’images ont été produites, comparées, sélectionnées et retravaillées dans Photoshop, avant de passer par plusieurs modèles d’intelligence artificielle afin d’en harmoniser les formes, les matières et la lumière. Le processus se rapproche davantage d’une salle de montage que d’une image obtenue en une seule génération.
Entre mémoire et histoire alternative
L’Hotel Attraction s’inscrit dans une démarche artistique plus large consacrée aux architectures disparues, oubliées ou jamais réalisées. Avec la reconstitution numérique de la cathédrale Saint-Lambert de Liège, je suis parti des traces d’un monument qui avait réellement existé avant d’être détruit. Avec l’Hotel Attraction, je travaille sur une architecture qui n’a jamais dépassé le stade du projet.
Ces deux œuvres se répondent. La cathédrale Saint-Lambert appartient à la mémoire d’un lieu disparu ; l’Hotel Attraction, à la mémoire impossible d’un futur qui n’a jamais eu lieu. Entre les deux se trouve le même désir : rendre momentanément visible ce qui ne peut plus être photographié.
La nostalgie d’un futur qui n’a jamais eu lieu
Certaines architectures nous touchent précisément parce qu’elles ont failli exister. L’Hotel Attraction est le fantôme d’un New York alternatif : dans cette autre histoire, la ligne d’horizon de Manhattan aurait peut-être été transformée par une tour de couleurs, de courbes et de formes organiques.
Ces images ne cherchent pas à corriger l’histoire. Elles ouvrent simplement une fenêtre vers ce qu’elle aurait pu devenir.
Une reconnaissance internationale
La série a été présentée par le magazine international d’architecture et de design Dezeen le 18 juin 2026, dans le cadre de sa série éditoriale consacrée au centenaire de la disparition d’Antoni Gaudí. L’article décrit le projet comme le « fantôme d’un New York alternatif ».