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is more.
Thierry Lechanteur est photographe et artiste numérique belge, basé à Liège. Après trente ans de graphisme, puis de photographie de studio et d’architecture, il compose depuis 2022 avec l’intelligence artificielle générative, pour ses projets personnels comme pour des maisons de savoir-faire, selon un principe : « Made, not generated ».
Dans un monde où le bon goût célèbre la sobriété et le « less is more » comme seul horizon, mon travail affirme une autre voie.
Démarche artistique
Elles étaient de trop.
L’Hotel Attraction imaginé par Gaudí n’a jamais été construit. La cathédrale Saint-Lambert, à Liège, a été démolie. Pour la même raison : elles étaient de trop. Trop grandes, trop présentes, trop ornées. L’une est restée à l’état de projet, l’autre a été effacée de la ville. Dans les deux cas, quelqu’un a décidé que cela n’avait pas le droit de tenir debout.
Je les remets là.
Pas comme des restitutions historiques. Je fabrique des images crédibles de ce que le monde aurait pu contenir. La cathédrale Saint-Lambert revient au milieu des bus, des voitures et des immeubles de la place actuelle. Le gratte-ciel de Gaudí surgit dans Manhattan. Je ne cherche pas à montrer le passé, mais à rendre visible un possible qui a été empêché.
Ce travail autour de Gaudí et des architectures disparues a été repris par Dezeen, Newsweek, Domus, ARTnews Japan et SO FIGARO.
Sur les fissures.
Le reste de mon travail procède du même geste, mais à hauteur de rue. Je fabrique des maisons qui n’existent pas. Elles sont petites, basses, parfois de travers, coincées entre des immeubles plus hauts et plus gris. Les murs sont fissurés, une climatisation rouille, des câbles courent sur les façades, des sacs traînent au pied du mur. Et pourtant quelqu’un a pris des pinceaux et couvert la façade de fleurs. Pas après avoir réparé la maison.
Je ne veux pas effacer l’imperfection pour faire apparaître la beauté. Je veux que les deux existent ensemble. Ces maisons parlent, à leur échelle, de la même chose que les architectures refusées ou disparues : de ce qui n’a ni la bonne taille, ni la bonne ligne, ni la bonne autorité, et qui s’orne quand même. L’ornement devient alors une forme d’insistance.
Je suis encore là.
Je revendique la couleur saturée, l’accumulation joyeuse, l’ornementation généreuse. Non comme une décoration naïve, mais comme une manière d’ouvrir l’image, de refuser l’effacement, de rappeler que la sophistication ne passe pas toujours par la retenue.
Ce maximalisme n’est pas toujours une question de quantité, ni même de couleur. Il peut aussi se loger dans une image sombre, dans une silhouette, dans une architecture silencieuse, dans un détail qui contient trop de récit pour rester décoratif. Ce qui m’intéresse n’est pas l’excès, mais l’intensité. Dans Scream of a Dying Evening, une façade presque nue, un arbre rouge et une lumière de fin du jour suffisent à faire naître une tension, un silence.
Mes images posent finalement une question simple : qui décide de ce qui est légitime, de ce qui est beau, de ce qui a le droit d’exister pleinement ? Elles s’adressent à celles et ceux que l’on accuse parfois d’être « trop » : trop visibles, trop colorés, trop différents, trop vivants.
L’IA, matière d’atelier
Je ne lui demande pas de bien se tenir.
Un modèle génératif tend vers ce qu’il connaît le mieux : les formes les plus probables, les images les plus reconnues, une certaine moyenne statistique du monde. Mon travail consiste à le mettre en tension, à le pousser hors de cette moyenne, à multiplier les contraintes, les contradictions, les accidents et les excès, jusqu’à faire émerger quelque chose qui ne se serait pas présenté spontanément.
L’intelligence artificielle n’est donc pas une machine chargée de produire une image terminée. Elle est une matière d’atelier, au même titre que la photographie, le graphisme, la retouche ou la mise en scène. C’est ce que signifie Made, not generated : l’image peut être générée ; l’œuvre, elle, est construite.
Biographie
Né en Belgique à la fin des années 60, j’ai passé trois décennies à composer avec les images, d’abord comme graphiste, puis comme photographe de studio et d’architecture. J’y ai appris la technique, la lumière, la composition, et surtout la patience du regard.
Je travaille également depuis plus de dix ans dans une association d’insertion socioprofessionnelle à Liège, au contact de trajectoires très diverses : des vies fragilisées, déplacées, des personnes que l’on juge parfois trop éloignées des normes pour leur laisser facilement une place.
Je ne veux pas réduire mon travail artistique à cette expérience. Mais j’y reconnais aujourd’hui le même mouvement : faire une place à ce qui dépasse, à ce qui résiste à la ligne droite, à ce qui aurait pu disparaître, à ce qui pousse malgré tout.
Une part importante de mes images explore l’architecture et le patrimoine imaginaires : des bâtiments jamais construits, disparus ou transformés, et des architectures entièrement fictives qui semblent appartenir à une histoire parallèle. Mes premières images d’Art nouveau généré, en 2022, ont nourri dès l’année suivante des débats sur la frontière entre création, patrimoine imaginaire et vérité visuelle.
Ce travail a trouvé une audience inattendue : plus de 450 000 personnes suivent ces explorations sur Instagram, où des images fictives se mêlent au flux du réel, vues, aimées, discutées parfois avant même d’être comprises. Cette circulation m’intéresse elle aussi : l’image quitte l’atelier, rencontre le monde et commence à travailler sans moi.
Pour celles et ceux qui fleurissent dans les fissures.
Qu’elles soient capturées, composées ou générées, mes images sont des propositions : et si le monde pouvait contenir davantage que ce qu’il a décidé de conserver ?
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